Le papillon qui volait à l’envers

 

  Je réalisais à l’époque des animations pour la classe de La Chapelle en Valgaudemar (Hautes-Alpes). Nous observions la nature au fil des saisons.
  Au printemps, un élève d’une dizaine d’années me dit « Guido, j’ai vu un papillon qui volait à l’envers ! ».
  Éclat de rire général, stupeur de l’institutrice, et surprise de ma part. En effet, ainsi exprimée, la remarque était pour le moins saugrenue !
  Je le pris au sérieux car j’avais appris que notre cerveau d’humain, lorsqu’il n’arrive pas à donner une explication rationnelle, nous transmet ce qui est le plus approchant.Je lui demandais donc de me décrire en détail ce qu’il avait vu.
  Bon observateur, il me décrivit un grand imago (adulte) de papillon dans les tons blanc-jaunâtre avec de grandes rayures noires. Il m’expliqua qu’il avait vu les yeux et les antennes.    
  Mais là où cela ne collait plus était que les yeux et les antennes étaient à l’arrière du papillon qui volait.
  Il en avait donc conclu que le papillon volait à l’envers !
 
  Je reconnus rapidement le flambé (Iphiclides podalirius) qui a la particularité d’avoir sur les ailes postérieures deux grandes ocelles et deux extensions fines semblables à de grandes antennes !

 

Le papillon qui volait à l’envers
le flambé (Iphiclides podalirius)

Ces leurres dont les individus qui en étaient pourvus furent moins que d’autres mangés par les prédateurs ont perduré dans l’espèce. En effet, un jeune oiseau inexpérimenté fait la même analyse que notre élève et se précipite pour attraper la tête de l’insecte.
Et repart avec uniquement deux bouts d’ailes ! L’imago, l’adulte de papillon a perdu une partie de ses ailes mais est resté en vie.
  Cette évolution est visible chez de nombreuses espèces, le machaon, plusieurs espèces de thècles, l’azuré de la luzerne et le bien nommé azuré porte-queue.

Guido Meeus

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