Qu'est-ce qu'une animation nature ?

 

Je suis autodidacte et n'ai aucunement l'intention de donner des leçons.

 

Toutefois, avec une expérience de presque 30 ans, je me suis toujours demandé si ce que je faisais, était valable, efficace, utile ?

 

Plantons le décor. Une animation nature comporte 3 éléments fondamentaux :

Si l'animateur/trice ne s'intéresse qu'à son sujet (le cas de bon nombre de personnes qui se disent animateur/Communicateur), il ne s'intéresse pas à son public et son exposé peut être complétement à côté de ce que le public peut prendre de son sujet.

 

S l'animateur/trice ne s'intéresse qu'à son public, sans tenir compte du sujet, nous avec un GO (gentil organisateur)... Qu'en restera-t-il du sujet ?

 

Enfin si l'animatreur/trice ne s'intéresse qu'à lui/elle-même et à sa prestation, nous sommes dans le Oneman/woman show. Attention, cela arrive parfois quand on est fatigué.

 

Ne nous méprenons pas. Nous pouvons toujours être, même en étant vigilant et avec de l'expérience, dans l'un de ces cas ou de passer de l'un à l'autre.

 


 

Cela va sembler être comme "enfoncer des portes ouvertes" , mais cela va toujours mieux en disant...

  • Il faut connaitre son sujet. Cela veut dire remettre à jour ses connaissances. Un exemple tout simple... Arrêter d'utiliser les termes poissons, invertébrés et reptiles... Combien d'animateurs ou de scientifiques les utilisent encore ??? Les noms scientifiques ont également souvent changé. Des plantes ont changé de famille... Mais ce n'est pas tout si cela ne correspond pas à un plaisir de l'animatrice/teur, il devient un robot.
  • Il faut connaitre son public. Nous ne nous adressons pas à des maternelles qu'à des ados ou à des adultes. Suivre des scolaires ne veut pas dire suivre tous les désidératas des enseignants, mais de comprendre où en sont les élèves pour les aider à progresser. Pour un même sujet, suivant les publics les outils pédagogiques ne seront pas les mêmes...
  • Enfin, et c'est peut-être le plus important, la préparation permet à l'animatrice/teur de se rassurer et de pouvoir "affronter" son public dans les meilleures conditions. Ce stress, s'il est au moins partiellement maitrisé, est un gage de qualité de l'intervention. Mais attention et cela se vérifie quand les animateurs/trices ne font que de l'animation, ils deviennent des robots qui ne fonctionnent plus que par idées reçues e ne transmettent plus aucune sensation de plaisir à parler de leur sujet.

 

Nous allons retrouvé les mêmes thèmes :

  • Si le sujet n'a pas été vécu par l'animatrice/teur, il reste "hors sol". Pour illustrer ce propos, après une sortie hivernale sur les oiseaux... sans oiseaux, nous n'avions vu qu'un écureuil mort sur une branche. L'enseignant me dit que cela n'est pas grave et qu'il allait faire travailler sur informatique avec le thème de l'écureuil... Une semaine après, je fus horrifié de voir qu'ils avaient tous fait un beau document sur ... l'écureuil gris, espèce exotique envahissante, car le résultat de leur recherche sur G... leur avait donné en premier l'écureuil gris. Que les jeunes ne sachent pas... Certes, ils sont là pour apprendre. Mais l'enseignant ??? Quand on connait mal un sujet (nature ou informatique ou tout autre) les erreurs peuvent être lourdes de conséquences.
  • Le sujet doit être à jour... Et combien de fois nous entendons "mais les gens connaissent le terme d'invertébrés ou de reptiles, il ne faut pas les bloquer avec de nouveaux mots". Or, d'une part les "nouveaux mots" ne sont pas nouveaux. Les squamates représentent toujours les lézards et les serpents, dans la classification linnéenne comme dans la classification phylogénétique du vivant... Et puis, quand on prend le temps d'expliquer et d'expliquer de nouveau, et encore une fois en répétant les squamates, les serpents et les lézards, les gens finissent par le comprendre.
  • Le sujet doit correspondre au public. J'avais travaillé avec une enseignante sur la reconnaissance des oiseaux. Nous avions chacun notre rôle et tout se passait bien. Un jour en expliquant quelque chose, l'enseignante m'arrêta et s'adressa aux enfants en leur demandant s'ils connaissaient le sens d'un mot que j'avais dit. Il n'en était rien... et j'ai même eu du mal à expliquer le mot. Quelle belle leçon dont je suis fier car elle m'a permis d'améliorer ma façon de faire.

 

Le public, si nous souhaitons lui permettre d'évoluer, doit remplir aussi certaines conditions :

  • Il doit savoir ce qu'il fait là. S'il n'a pas connaissance du sujet cela est gênant ou doit faire l'objet d'une stratégie de surprise.
  • Dans tous les cas, il doit être intéressé par le sujet, sinon il va s'ennuyer d'une force... qui risque de vous faire perdre les vôtres.
  • Enfin, il doit être évalué par l'animatrice/teur sinon vous risquez d'apporter une information universitaire à des gens qui ne comprennent pas les mots que vous utilisez, ou l'inverse et ils finiront par vous arrêter car ils en auront assez d'être pris pour des benêts.

Mais cela n'est pas tout !

 

 

Quels sont vos véritables objectifs ?

 

  • Vous faire plaisir à montrer votre connaissance ?
  • Faire valoir l'établissement que vous représentez (Les défenseurs de la nature ou des oiseaux ? de la chasse ? de l'institution ?)
  • Passer le temps parce que vous préférez vous promener en nature ?
  • Partager une connaissance ?
  • Partager l'émotion d'une découverte ?
  • Permettre d'autres à progresser dans la connaissance, l'évolution de leurs pratiques vis à vis de la nature ?
  • ...

Pour ma part, après bien des années à errer et à faire des erreurs, j'en arrive à me dire que le partage de l'émotion est peut-être la chose la plus forte entre un public et moi-même... A condition de remplir les exigences citées ci-dessus !

 

C'est pour cela que quand je vois des gens s'évertuer à fabriquer des outils "dits" pédagogiques, je ne pense pas que cela correspond à ce dont les publics ont besoin. Ce n'est pas la boite de conserve qui fait la qualité du repas dont les gens se souviennent, c'est la qualité du cuisinier qui saura venir les voir pour évaluer leur évolution !

 

GM le 11 juillet 2019.