Pourquoi les reptiles n'existent plus !

Un peu d'histoire...

 

Le terme de reptiles a été utilisé par Aristote pour parler des lézards, des crocodiles, des serpents et des batraciens, en les distinguant des mammifères, des oiseaux et des poissons par des critères de leur peau (écailles, oviparité et langues fines).

 

Carl von Linné, en 1758, dans son œuvre majeur « Systema Naturae » reprend la classification d’Aristote, en y incorporant les tortues, et, crée pour ces espèces la classe des « Amphibia ».

 

Josephus Nicolaus Laurenti, médecin et naturaliste autrichien (1735-1805) reprend la classification de Linné en excluant les tortues et nomme ce groupe « Reptilia ».

Médaillon représentant Cuvier situé sur le bâtiment principal du Muséum National d'Histoire Naturelle de Paris
Médaillon représentant Cuvier situé sur le bâtiment principal du Muséum National d'Histoire Naturelle de Paris

 

 

 

 

 

 

Jean Léopold Nicolas Frédéric Cuvier, dit Georges Cuvier (1769-1832) définit les reptiles comme « tous les animaux vertébrés dépourvus de plumes, de poils et de mammelles, et respirant, au moins dans leur état adulte, l'air atmosphérique au moyen de poumons situés à l'intérieur de leur corps » qui inclut bien les batraciens.

Médaillon représentant Brongniart situé sur le bâtiment principal du Muséum National d'Histoire Naturelle de Paris
Médaillon représentant Brongniart situé sur le bâtiment principal du Muséum National d'Histoire Naturelle de Paris

 

 

 

 

 

Alexandre Brongniart (1770-1847) va classer les reptiles avec quatre ordres : les tortues (chéloniens), les serpents (ophidiens), les lézards et crocodiles (sauriens) et les batraciens.

 

 

 

 

Pierre André Latreille (1762-1833) crée la classe des Batracia pour isoler les amphibiens des reptiles, en 1825.

 

Jusqu’au début du XIXe siècle, les scientifiques élaborent des classifications qui sont reprises, étudiées, modifiées par d’autres scientifiques. Ce tâtonnement les contraint à préciser les critères qu’ils utilisent pour regrouper les espèces.

 

Statue d'Owen au Natural History Musem of London
Statue d'Owen au Natural History Musem of London

 

 

 

 

 

 

 

Le XIXe siècle voit de nouvelles découvertes avec les fossiles et leurs classifications. Richard Owen (1804-1892) créera le terme de dinosaures.

 

Thomas Henry Huxley (1825-1895), tout comme Owen va incorporer les dinosaures dans les reptiles.

 

 

 

 

 

 

 

 

La question se posera également des relations entre les reptiles, les mammifères, les oiseaux et les batraciens. Ce sera Ernst Heinrich Philipp August Hæckel (1834-1919) qui classe les vertébrés en fonction de leur mode de reproduction. L’œuf amniotique est une évolution partagée par les oiseaux, les reptiles et les mammifères.

 

Enfin, au XXe siècle, Henry Fairfield Osborn (1857-1935), paléontologue américain initiera une classification des reptiles sur le nombre d’ouvertures du crane (hors les yeux et les narines).

 

 

 

Les quatres classes d'Henry Fairfield Osborn (1857-1935)

 

  • Anapsides — aucune ouverture — les tortues et apparentés
  • Synapsides — une ouverture —  les reptiles mammaliens et les mammifères
  • Euryapsides — une ouverture haute (polyphylétique) —  premiers reptiles,  les reptiles marins et les ichthyosaures
  • Diapsides — deux ouvertures — les dinosaures, les oiseaux, les crocodiles, les lézards et les serpents.

 

 

Origine de l'information : page reptile de Wikipedia (pro parte)

La classification phylogénétique du vivant

 

La classification phylogénétique du vivant va bouleverser la vision des vertébrés. La notion d’homogénéité des groupes va rendre les reptiles paraphylétiques, c’est à dire non homogènes.

 

Jacques Gauthier (né en 1951) proposera une définition adéquate en 1988 pour les reptiles. Mais la science évoluant toujours, elle est discutée, modifiée, transformée par d’autres scientifiques actuellement.

 

 

 

Les reptiles ne forment plus un groupe homogène.

 

 

 

 

Origine de l'information : page reptile de Wikipedia (pro parte)

 

 

 

En incluant les oiseaux, le terme à utiliser est sauropsides (Sauropsida), mais celui-ci est peu utilisé.

 

 

Origine de l'information : page reptile de Wikipedia (pro parte)

Le point de vue de l’éducateur à l’environnement

 
Ce qui est présenté précédemment montre au naturaliste et éducateur à l’environnement que je suis, que la situation est claire sur le fait que le terme de reptile est à bannir de notre langage.
 
J’utilisais ce terme, issu des travaux scientifiques du XIXe et début XXe siècle. De plus, il permettait de qualifier tout un ensemble de vertébrés, sans avoir à se soucier des sous-classes que sont les chéloniens (tortues), crocodiliens (crocodiles) et les squamates (serpents et lézards).
 
Le fait de ne plus utiliser ce terme m’a contraint à m’intéresser à la classification phylogénétique du Vivant et des sous-classes de reptiles. Un voyage en Nouvelle-Zélande m’a complexifié la tâche avec les sphénodontiens dont les seuls représentants  sont les tuataras endémiques de ce pays.
 
J’utilise donc le terme de squamates pour les serpents et les lézards, les tortues et les crocodiles formant des groupes homogènes et bien connus du public. Il me suffit de dire régulièrement « squamates, les lézards et les serpents » pour que le public comprenne bien de quels animaux je parle.
 
Mais ce n’est pas si simple. Lors d’une formation pour enseignants, j’étais avec une professeure de SVT et un animateur du Muséum d’histoire naturelle de Grenoble. La question habituelle : « Par quoi remplacer le terme de reptiles ? »  nous répondîmes en chœur, squamates pour moi et lépidosauriens pour l’animateur du muséum.
  
Surprise ! Interrogation !
 
Après vérification, les lépidosauriens forment un groupe homogène constitué des sphénodontiens (les fameux tuataras de NZ) et des squamates. Les deux réponses étaient donc justes en Europe.
  
Il faudra donc s’habituer à apporter des réponses pouvant être multiples, ce qui va nous obliger... à mieux connaître la systématique.
 
Ce sera donc un enrichissement intellectuel d’oublier... Comment disions- nous auparavant ? Heureusement, il nous restera les vieux ouvrages pour s’intéresser à l’histoire des sciences.
 
Par contre en animation, nous devons apprendre à parler de lépidosauriens ou de squamates pour ne pas donner l’air d’être complétement du siècle passé !
 
Guido Meeus, 4 février 2018

Allez, puisque nous vous en parlons, voici un tuatara de Nouvelle-Zélande (Sphenodon punctatus (Gray, 1842))
Allez, puisque nous vous en parlons, voici un tuatara de Nouvelle-Zélande (Sphenodon punctatus (Gray, 1842))